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Traducció i drets lingüístics

Langue propre, langue fourchue?

Permettez-moi d’entamer mon intervention par une anecdote populaire. Un père voulait tester son fils pour voir s’il a bien retenu les leçons qu’il lui prodiguait. Un jour il lui demanda d’aller au marché et de lui ramener ce qu’il jugerait, lui, être la chose la plus précieuse ou la chose la plus douce. Le fils, en revenant du marché, lui ramena une langue de bœuf. Très bien mon fils, lui dit-il. Tu trouves que la langue est la chose la plus douce et la plus précieuse. Oui, père! répondit le fils.

Une autre fois il lui demanda de lui ramener du marché la chose la plus détestable et qui suscite du dégoût. Le fils lui ramena encore une fois une langue de bœuf. Le père, intrigué, demande alors plus d’explications. Le fils alors lui précise que la langue peut à la fois être notre meilleur allié, comme elle peut être notre pire ennemi. Le père accepta la réponse avec beaucoup de philosophie, content d’avoir un fils qui retient bien ses enseignements.

Si une langue peut à la fois être allié ou ennemi d’une autre langue, cela veut dire qu’elles partagent le même espace géographique ou politique sinon, du moins, elles partagent un espace de confrontation symbolique, comme la Co-officialité par exemple.

Le contact entre les langues change de nature d’une époque à une autre ; d’un système économique à un autre ou d’un système politique à un autre. Pourtant, les hommes dans toutes les époques ont utilisés les langues des autres soit par nécessité, soit pour le prestige, sans qu’il y nécessairement conflit. Mais cette situation peut faire un revirement total d’une situation de complémentarité à une situation de conflit, lorsque des velléités de domination s’expriment chez l’une ou chez l’autre des parties. Donc il peut y avoir complémentarité à un moment et déboucher sur un conflit à un autre moment. Ce conflit est supporté ou camouflé par la langue, mais en vérité, il exprime exactement les préoccupations, les peurs, et les incertitudes existentielles des hommes. Mis, je dois ajouter que les tentatives de domination et de dépossession, commencent toujours et ce n’est pas un hasard, par déposséder l’autre de sa langue. Me nier le droit de me nommer moi-même et nommer à ma place l’endroit ou le territoire que je revendique être le mien, n’est-il pas la pire des dépossessions? On voit bien aujourd’hui encore comment des états manipulent l’onomastique. Donner un autre nom à une personne et donner un autre nom à sa terre, c’est le posséder lui et sa terre.

Cette langue propre que je revendique, je l’ai héritée, comme j’ai hérité des gènes et des comportements et une manière de vivre et de voir le monde qui m’entoure. On ne fait qu’un, ma langue et moi. Elle est presque un organe à la fois interne et externe, un lien entre le moi-intérieur et l’univers externe. C’est ce moi que j’expose aux autres, mon moi-intérieur qui explique mon moi-extérieur à travers la langue. Parce qu’il ya toujours moi et l’autre, même si nous partageons la même langue.

Qu’est-ce une langue propre dirions-nous? Les différents niveaux d’une langue propre vont de l’environnement personnel, familial, jusqu’au niveau «national». La langue diffère d’un niveau à un autre. Par exemple, la langue propre et familiale peut différer de la langue du groupe élargi, tout en étant à l’intérieur de la même langue. Peut-on alors avoir plus d’une langue propre ? La langue maternelle peut-elle être une langue propre et la seule langue propre ? Peut-on adopter une autre langue que la sienne et en faire une langue propre, comme par exemple l’utilisation d’un français malaxé, créolé, dans les anciennes colonies? Beaucoup d’écrivains et d’artistes francophones revendiquent ce français «incompréhensible», très loin du français disons académique, comme langue propre, au moins dans l’écriture romanesque. Les exemples ne manquent pas.

Si je prends l’exemple de tamazight, confronté au punique et au latin, dans l’antiquité ; aux langues parlées dans le sahel, à partir du haut moyen âge; à l’arabe et au français, au temps modernes, se trouve être très enrichie de tant de contact linguistique. Mais avec la revendication pour sa reconnaissance institutionnelle, par les états nord-africains, une tendance à l’épuration linguistique est née et existe chez beaucoup de militants. On parle alors de langue souillée, de langue impure, qu’il faut absolument purifier, en déclarant entre autres, une chasse soutenue aux termes qui ne sonnent pas en tamazight. Même si le mot est un mot originaire de cette langue, mais qui a voyagé et revient sous une autre forme ou sous un autre sens. Parfois aussi, ils trouvent préférable d’inventer un mot, même s’il ne répond pas aux normes et aux schèmes de la langue, mais peu importe, pourvu qu’il ne ressemble pas à l’autre langue surtout que si l’autre langue est une langue qui dispute un terrain, comme dans ce cas, le français et surtout l’arabe. Mais cette tendance « purificatrice » se rend de plus en plus à l’évidence que cette «langue propre » leur revient cher.

Aujourd’hui que la langue tamazight entame sur le tard son aménagement et sa standardisation, des difficultés handicapantes apparaissent, car chacun des locuteurs justement veut sa langue propre, son parler propre. Chacun veut son phonème, sa particularité, son particulier, dans un mouvement de réappropriation-promotion. Une langue à garder absolument pour soi, mais en même temps à projeter sans consentir à beaucoup de changements. Le problème est parfois aussi transposé au niveau des états (ceux qui ont la volonté de promouvoir cette langue) qui maintiennent expressément certaines différences, allant de la graphie jusqu’au choix du vocabulaire, en passant par le maintien ou le renforcement de faux clivages, suivant les différents politiques ou idéologiques et même ethniques. Ce genre de problèmes retarderont pour longtemps l’émergence d’une langue «commune» ou supra-dialectale, qu’on peut aussi appeler langue propre face à une autre langue puissante et envahissante et surtout phagocytante.

L’une de ces langues phagocytante se trouve être l’arabe dialectal, nommé le daridja. Dans certaines régions berbérophones, souvent bilingues, ils passent du berbère au daridja (arabe dialectal) avec beaucoup d’aisance. Mais le daridja est favorisé et gagne de plus en plus du terrain. Du fait même de cette proximité avec le daridja, langue vernaculaire, langue du commerce et d’échanges, le berbère se confine de plus en plus dans l’environnement familial, même si son introduction dans le système éducatif, dans certaines régions, est un fait. Mais son enseignement s’inscrit dans une perspective d’échec planifiée pour mieux revenir en arrière et les amazighs accepter définitivement de se laisser arabiser. Cette tendance est encouragée par les autorités quoi que l’arabe dialectal, n’est pas reconnue ni soutenu. Mais ce phénomène du daridja phagocytant le berbère joue en faveur des tenants de l’idéologie arabo-musulmane.

C’est le cas aussi des régions frontalières où se côtoient le berbère et l’arabe dialectal. Pour des raisons de prestige et surtout de langue pourvoyeuse d’emplois et de promotion social, l’arabe gagne du terrain et le berbère ne cesse de reculer et ce depuis maintenant treize siècles.
Plusieurs observateurs se focalisent sur l’arabe classique, qui est la seule langue officielle, comme étant «le danger» pour les langues autochtones et vernaculaires. Mais comme elle n’est présente que dans la sphère de l’élite et des médias, le véritable danger pour le berbère viendrait de l’arabe dialectal (daridja).
A un moment donné de notre long combat identitaire et démocratique, le daridja a été revendiqué à côté de tamazight pour sa reconnaissance et sa prise en charge par l’état. Nous l’avions revendiqué à la place des arabophones à la fois par complexe, une manière de se justifier que notre combat ne se fait pas contre les autres, mais pour la démocratie. Mais, aussi par tactique, pour que les arabophones soutiennent le combat mené par les berbérophones (essentiellement de Kabylie) pour un état laïc et démocratique. Encore une fois, on s’était vite rendu compte qu’on s’était trompé de stratégie. Les arabophones, pourtant majoritaires, ne revendiquent pas leur langue. Ils se contentent de bénéficier symboliquement du statut de l’arabe classique, qui est la langue officielle de l’état. Il y a un maintenant un glissement sémantique et symbolique du daridja vers l’arabe classique. C’est l’un des vieux rêves des tenants du panarabisme, restaurer la langue arabe souillée et défigurée par le colonialisme, devenue daridja, qui pourtant n’a rien à voir avec l’arabe classique.

Enfin, on panique souvent lorsque des défenseurs de la diversité humaine et linguistique nous signalent que la dernière personne de telle ethnie vient de s’éteindre et avec elle sa langue. Mais parfois aussi, des groupes humains ou linguistiques sur le point de disparaître refusent la fatalité et renaissent à la vie. Certains scientifiques, déclarent parfois un peu trop hâtivement que telle langue ou tel patois est en voie d’extinction. Ils tentent au fait de nous convaincre de l’inutilité de sa revendication puisque de toutes les manières la langue disparaîtra. Ils ne font qu’ajouter de l’eau au moulin de ceux qui déjà folklorisent certaines langues de certains groupes pour mieux exploiter leurs territoires sans grandes pertes.

Certains scientifiques qui se penchent sur ses langues, comme objets d’études, n’en en cure si la langue survit ou disparait, c’est juste un papillon de plus à épingler dans leur vaste tableau de chasse.

La protestation de certaines tribus d’Amazonie, jusqu’au peuple touaregs du sahel, dénonce une vaste machination des multinationales qui les délogent de leurs terres et les dispersent dans toutes les directions. Après le forfait, on s’empresse de parler de peuple et de langue en voie d’extinction ou carrément éteints.

Par Salem Zenia

La Réunion Internationale du Comité de Traduction et des Droits Linguistiques du PEN International, Barcelone, les 17 et 18 Juin 2010.




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